Name: Tali
Gender: Female
Country of residence: France
Writing language: French
About me: Jewish from birth, my mother and father are Jewish, quite religious as keeping the Chabat and eating almost strictly kosher.
Read story below!
Par que cette lecture vous soit plus agréable et mes propos plus intelligibles, je prends le risque de me présenter. Je m’appelle Tali, du haut de mes dix-huit ans, j’entame avec quelques peu d’amertume ma première année de droit dans une faculté parisienne. Mon nom de famille, qui ne colle pas du tout avec mon physique d’ailleurs, laisse transparaître ma judéité. Un de ces noms avec des sons qui vous fait voyager au Moyen-Orient, qui contient « Aiche » signifiant la vie en arabe et qui est maintenant compromise par le Hamas.
Pour les moins vifs d’entre vous, on pourrait presque croire que juive je ne suis pas, arabe peut être. Celle dont le père musulman épouse une caucasienne qui goute au folklore culinaire des épices qui piquent, du tajine et du teint basané. Un chauffeur d'Uber un jour m’a même demandé si je savais ce que c’était la « loubia ». Une question anodine qui voulait juste dire « d’après ton nom de famille, je ne suis pas sûre que tu sois 100% blanche mais ton nez est bien trop fin pour que tu sois juive, alors tentons le tout pour le tout ».
Après 22 minutes de discussion enflammée avec Amin, noté 5 étoiles sur l’application la même note que les plats de Samia, sa mère, j’ai décidé qu’il fallait que je change de nom sur l‘application. Je ne pourrai plus affirmer à tous les taxis de Paris que j’étais de « chez eux ». Après quelques minutes de de réflexion, je suis tombé sur Camille Bénard, un nom bateau, classique, français, mais surtout qui ne veut rien dire. Blanche, à la limite, mais vu la pâleur de mon teint, ce ne serait qu’une surprise de courte durée.
Et puis je me suis rappelée que changer de nom pour ne pas avouer qu’on est juif, c’est arrivé à Thérèse Langelier - ou Lagman pour ceux qui osait connaître la vérité en 1939 - mon arrière-grand-mère. Elle ne fuyait pas les Ubers mais les nazis. Sous couvert d’un nom, on peut cacher plein de chose. Je ne suis d’ailleurs jamais monté dans un Uber qui s’appelait Uber, enfin bref.
Il y a quelques lignes de cela, j’ai employé le terme « avouer » pour dire que j’étais juive. Il m’a fallu arriver en bas de la page pour m’en rendre compte. Et puis maintenant qu’on se partage tout, je me dois de vous expliquer.
Pour moi, être juive c’est avant tout un aveu.
Comme si ma naissance était un crime, que personne ne devait savoir. Joel Dicker disait très justement que les juifs étaient des hypocrites. A bon entendeur, mais au moins les Noires n’étaient pas en mesure de cacher qu’ils étaient noirs. Dire à tout le monde que je suis juive, c’est avouer que je suis juive. Cet aveu n’est pas toujours bien reçu non plus. Le malaise de la culture - expression sûre je m'ai permit d’emprunter à un ami de chez nous - fait que, je n’attends aucune réaction à mes aveux. C’est comme si j’osais un gros mot autour de personnes bien éduqués. Ça fait tache. Juif. Juive. D’abord, ça vient des tripes, ça remonte lentement, arrivé à la gorge, il y a un petit blocage puis passer la glotte, ça sort tout seul. Avec un F long et insistant. Le même F que dans « faite nous la guerre ». Il m’arrive souvent d’écrire sur ma judéité mais toujours au crayon à papier. Je me réserve la possibilité d’effacer au cas où les nazis arriveraient.
C’est étrange mais j’ai peur des nazis comme Madame Rosa dans La vie devant soi de Romain Gary. Romain Gary, c’est pas son vrai nom non plus.
Je pense souvent aux nazis depuis le 7 octobre. J’espère que vous ne m’en voudrez pas mais je dois vous avouer que quand la guerre a commencé, je n’ai rien ressenti du tout. Je suis consciente de reconnaître les horreurs qui se passe en Israël, j’entends la souffrance des familles et la douleur de mon peuple. Mais de l’empathie, j’en ai peu. J’ai pas la boule au ventre ou les nerfs qui chauffent, et je ne suis même pas plus raciste.
Ce n’est pas la première fois que je ne me sens aussi vide face à la tragédie. En 2021, à l’occasion d’un voyage en Pologne. J’ai marché dans leur pas, traversé la forêt des enfants et regarder yeux dans les yeux les camps d’extermination. Peut-être est-ce par lacune de vocabulaire que je n’ai pas été capable de décrire ou d’écrire ce que je ressentais mais je me sentais vide. Lorsque j’ai vu mes camarades en sanglot, la culpabilité s’est emparée de tout mon corps, je disais « pourquoi je ne pleure pas ? Pourquoi je ne suis pas triste ? Suis-je un monstre pour être aussi insensible à cette vision d’horreur. Ce même sentiment de culpabilité est venu me saluer le 7 octobre.
Bien que toujours très franche et belliqueuse dans mes propos, je me suis sentie nulle. Je ne ressentais rien et ne faisait rien, face à ma mère très engagé dans le combat. Et puis j’ai toujours peur des nazis.
Le 13 octobre 2022, après deux heures et vingt-deux minutes, Elsa Zylberstein avait réussi à transformer ce « vide » que je ressentais en une énorme claque. Après avoir vu le film Simone (la biographie de Simone Veil), j’ai pleuré pendant deux jours de suite. Je comprends aujourd’hui que ce n’est pas un vide, c’est la capacité de protection que mon cerveau met en place. Il refuse de me faire croire que c’est vrai. Il refuse car il sait qu’on a peur des nazis et que si on accepte que c’est vrai, c’est nous qu’ils auraient pu avoir les nazis. Tout se mélange dans ma tête, les Ubers, la Pologne, les nazis et Elsa Zylberstein.
Je réalise que le 7 octobre est un massacre sans nom, que je saigne pour ces otages et que je pleure mes frères et sœurs chaque jour. Je saigne pour chaque personne partie parce qu’ils étaient juifs. Réaliser que 239 otages c’est pas juste 239 mais c’est 1 plus 1 plus 1 plus 1 …
Et j’ai toujours peur que les nazis viennent me chercher.
To make your reading experience more enjoyable and my words more intelligible, I'd like to take the risk of introducing myself. My name is Tali, I'm eighteen years old and I'm starting my first year of law at a Parisian university. My surname, which doesn't match my looks at all, hints at my Jewishness. It's one of those names with sounds that take you on a journey to the Middle East, that contains 'Aiche' meaning "life" in Arabic and that has now been compromised by Hamas.
My surname, which doesn't match my looks at all, hints at my Jewishness.
For the less perceptive among you, you might almost think that I'm not Jewish, but perhaps Arab. The woman whose Muslim father married a Caucasian woman who enjoys the culinary folklore of pungent spices, tajine and a swarthy complexion.
An Uber driver once asked me if I knew what 'loubia' was (a type of bean). A harmless question that just meant "judging by your surname, I'm not sure you're 100% white, but your nose is far too thin for you to be Jewish, so let's give it a go".
After 22 minutes of heated discussion with Amin, rated 5 stars on the app - the same rating as his mother Samia's dishes - I decided I had to change my name on the app. I would no longer be able to tell all the taxis in Paris that I belonged to them. After a few minutes' thought, I came up with Camille Bénard, a classic, French name that doesn't really mean anything. White, in a way, given the paleness of my complexion, but that would only be a short-lived surprise.
Then I remembered that changing your name to avoid admitting you're Jewish happened to my great-grandmother Thérèse Langelier - or Lagman, for those who dared to know the truth in 1939. She wasn't running away from the Ubers, but from the Nazis. You can hide a lot under a name. I've never been in an Uber called Uber, anyway.
Then I remembered that changing your name to avoid admitting you're Jewish happened to my great-grandmother Thérèse Langelier - or Lagman, for those who dared to know the truth in 1939. She wasn't running away from the Ubers, but from the Nazis. You can hide a lot under a name. I've never been in an Uber called Uber, anyway.
A few lines ago, I used the word 'confess' to say that I was Jewish. I had to get to the bottom of the page to realise that. And now that we're sharing everything, I owe it to you to explain.
For me, being Jewish is above all a confession.
It's as if my birth was a crime that no one should know about. Joel Dicker quite rightly said that Jews were hypocrites. At least black people weren't able to hide the fact that they were black.
Telling everyone that I'm Jewish is like admitting that I'm Jewish. This admission is not always well received either. The cultural malaise - a term I'm sure I surely borrowed from a friend back home - means that I don't expect any reaction to my confession. It's as if I were using a swear word around well-educated people. It stains. Jewish. Jewish. First, it comes from the gut, it rises slowly, gets to the throat, there's a little blockage, then past the glottis, it comes out on its own. With a long, insistent F (Editor's note: JuiF in French). The same F as in "faite nous la guerre". I often write about my Jewishness, but always in pencil. I reserve the right to erase in case the Nazis arrive.
It's strange, but I'm afraid of Nazis like Madame Rosa in Romain Gary's novel Life Before Us. Romain Gary isn't his real name either.
I often write about my Jewishness, but always in pencil. I reserve the right to erase in case the Nazis arrive.
I've been thinking a lot about Nazis since 7 October. I hope you don't mind, but I have to confess that when the war started, I felt nothing at all. I am aware that I recognise the horrors that are happening in Israel, I hear the suffering of the families and the pain of my people. But I have little empathy. I don't feel sick to my stomach or nervous, and I'm not even racist any more.
It's not the first time I've felt so empty in the face of tragedy. In 2021, on a trip to Poland. I followed in their footsteps, walked through the Children's Forest and looked into the eyes of the extermination camps. Perhaps it's because of a lack of vocabulary that I wasn't able to describe or write down what I felt, but I felt empty. When I saw my comrades sobbing, guilt took over my whole body, I said "why don't I cry? Why am I not sad? Am I a monster for being so insensitive to this vision of horror? This same feeling of guilt greeted me on 7 October.
Although I'm always very frank and belligerent in what I say, I felt like a loser. I felt nothing and did nothing, compared to my mother who was very committed to the fight. I am always scared of the Nazis..
On 13 October 2022, after two hours and twenty-two minutes, Elsa Zylberstein had managed to turn the 'emptiness' I felt into a huge slap in the face. After seeing the film Simone (the biography of Simone Veil), I cried for two days in a row. I now understand that it's not a void, it's my brain's ability to protect itself. It refuses to let me believe it's true. It refuses because it knows that we're afraid of the Nazis and that if we accept that it's true, the Nazis could have got us. Everything gets mixed up in my head: the Ubers, Poland, the Nazis and Elsa Zylberstein.
I realise that 7 October was a massacre without a name, that I bleed for those hostages and that I mourn my brothers and sisters every day. I bleed for every single person who went because they were Jewish. Realising that 239 hostages is not just 239 but 1 plus 1 plus 1 plus 1 ...
And I'm always afraid that the Nazis will come looking for me.
Everything gets mixed up in my head: the Ubers, Poland, the Nazis and Elsa Zylberstein.
стать следующей!