Gender: Female
Country of residence: France
Writing language: French
About me: I am a modern orthodox Jew
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Je suis née dans une communauté juive pratiquante, imprégnée d'un héritage ashkénaze marqué par la Shoah. Mes parents, revenus à la religion ensemble lorsque j’avais trois ans et que mon frère aîné préparait sa bar mitsva, ont initié notre famille à une lente et profonde transformation spirituelle. Mon frère aîné, Eytan, à l’époque en quête de sens, a catalysé ce retour à la pratique religieuse malgré l’opposition initiale de mon père. La persistance de mon frère a tracé cette voie que nous avons tous suivie, cette fameuse voie qui a peut-être marqué le début d'une évolution continue de notre foi.
Je suis la seule fille parmi trois frères : Eytan, qui est aujourd’hui papa de deux adorables garçons, Aharon et Joseph. Elon, et Itsik, le plus jeune. Nous avons grandi en suivant nos parents dans leur progression spirituelle, abordant chaque étape avec patience et pragmatisme. Par exemple, au début de leur retour à la religion, ils utilisaient encore la voiture pour se rendre à la synagogue mais sans écouter la radio, pour transformer le trajet en une simple utilité et non un plaisir.
L’éducation juive que j'ai reçue a toujours été marquée par une évolution constante, sans pression, mais avec un profond respect pour les choix individuels. Mes parents nous ont inscrits dans une école juive dès mon plus jeune âge, où l’exigence académique se mariait à l’apprentissage religieux. À l'âge du collège, j'ai rejoint l’école Nr Hatorah, qui offrait une formation rigoureuse tant sur le plan religieux que laïque. Bien que j’aie trouvé une immense satisfaction dans l'étude intense de la Torah et des textes sacrés, je me suis rapidement heurtée à un milieu social fermé et communautariste, qui, je m’en rends compte aujourd’hui, contrastait terriblement avec l'ouverture d'esprit que j'avais connue à la maison.
Cette dissonance a nourri en moi une prise de conscience féministe. Je me suis insurgée contre les rôles traditionnels assignés aux femmes, et je souhaitais refuser d’être confinée aux tâches domestiques ou réduite à un soutien invisible du foyer juif que j’étais conduite à construire. Mon aspiration était d'être active, de participer pleinement et visiblement à la vie communautaire et intellectuelle.
Puis est venue la double vie : je fumais des cigarettes à la sortie du lycée, me cachant de peur d'être surprise et jugée. Pourtant, dans mon cœur, je restais froum (religieuse). Je respectais le chabbat et fréquentais un monde juif, mais je ressentais un manque. Je voulais découvrir un autre monde, rencontrer des gens différents de ceux de mon environnement habituel. Plus que tout, je rêvais de trouver des personnes partageant mon amour pour la religion juive et l'étude de la Torah, tout en aspirant à concilier ce mode de vie avec une modernité soucieuse des problématiques contemporaines.
À la fin du lycée, alors que mes amies s’inscrivaient dans des séminaires religieux, principalement en Israël, j’ai décidé de poursuivre des études. Ma passion pour la transmission m’a orientée vers une école de journalisme. J’ai réussi le concours, mais les questions et les doutes de mon entourage n'ont pas tardé : "Seras-tu heureuse dans ce métier ? Ne va-t-il pas primer sur ta vie personnelle ? Une carrière comme celle-ci, n’est-ce pas incompatible avec le chemin de la Torah ?" Malgré l'inconnu, j'étais persuadée que ce choix, même s’il n'était pas le bon, me mènerait vers le chemin qui me correspondrait. J’ai donc suivi mon cœur et me suis lancée.
Le début a été un choc. J'ai découvert des gens très différents de moi, avec des modes de vie variés. J'étais la petite religieuse qui sortait du lycée sans connaître grand-chose de la vie. Mais j’aimais cette découverte de la diversité. Progressivement, j’ai commencé à travailler dans le milieu juif en tant que journaliste, me faisant un nom petit à petit. J’ai rencontré des personnes formidables qui m'ont accueillie chaleureusement dans ce monde actif du judaïsme français. J’ai commencé par un stage dans une radio juive, ce qui m’a ouvert plusieurs portes par la suite. En multipliant les expériences, j’ai réalisé que je voulais travailler comme journaliste sur les réseaux sociaux, rendant l'information accessible à tous grâce à des formats courts et vulgarisés.
J’ai également découvert une passion pour la préservation de l’héritage du peuple juif à travers son histoire et les individus qui la composent. J’ai commencé par animer une chronique intitulée "Nashim", où je dressais le portrait de figures féminines importantes de l’histoire juive : les matriarches, les héroïnes de la création de l’État d’Israël, les prophétesses de la Torah, et celles dont le nom n'y est que rarement mentionné.
Un jour, on m’a proposé de mener ma première interview à la radio avec Myriam Ackermann Sommer, une femme rabbin française. L'idée d'une femme rabbin me semblait incongrue, malgré ma volonté d’ouverture d’esprit. Comment une femme pouvait-elle être rabbin ? J'ai entrepris de comprendre son discours et sa communauté "Ayeka", pionnière de l’orthodoxie moderne en France, qui semblait correspondre parfaitement à mes attentes. J'ai mené l'interview et trouvé cette femme brillante, portée par une belle initiative. J'avais soif d'en savoir plus. Mais au fond, j'avais aussi besoin d'une approbation, sans savoir exactement de qui ou de quoi. Comme on me l'avait toujours appris, je ressentais le besoin de demander conseil à quelqu'un de plus sage. Cependant, à ce stade, je n'avais presque plus confiance en personne.
Une semaine après, je suis partie en Israël rendre visite à mon frère aîné. Le hasard fait bien les choses : là-bas, une amie m’a invitée à lui rendre visite dans le séminaire où elle travaillait. Le rabbin du séminaire, que j’admirais pour son ouverture d’esprit et sa sagesse, a été très attentif à ma requête.
Je me souviendrai toujours de sa réponse lorsque je l'ai questionné sur le sujet : il m’a conseillé de vérifier que leur mouvement de revendication n'est pas simplement une manière de se faire entendre ou de pousser un coup de gueule, mais qu'il est vraiment 'leshem shamaim', c'est-à-dire littéralement “pour le nom de Dieu”. Autrement dit, dans une véritable démarche spirituelle et de rapprochement avec le Divin. Cette réponse m'a à la fois agacée et semblé pertinente. C’est peut-être ce que j’avais besoin d’entendre à ce moment-là précis.
De retour en France, je me suis inscrite au programme d’études Kol-Elles, mené par Myriam Ackermann et Tali Trèves Fitoussi. J’ai été recrutée comme boursière. Pendant trois mois, j’ai étudié intensivement avec d’autres femmes comme moi, à la recherche des clés pour étudier les textes religieux. J’ai découvert une magnifique communauté de femmes, toutes différentes mais liées par leur amour de l’étude et leur volonté de s’émanciper des diktats de la société juive traditionnelle. C’est là que l’aventure a véritablement commencé.
Au début, je ne me sentais pas légitime d’étudier ni de revendiquer quoi que ce soit. Peu à peu, j’ai découvert que j'avais le pouvoir de penser par moi-même. J’ai trouvé dans l’orthodoxie moderne un monde où les gens, malgré leur frumkeit (mode de vie qui respecte les préceptes religieux traditionnels), se posaient des questions et étaient attentifs aux problématiques actuelles. J’ai rencontré des personnes partageant mes passions, aimant chanter, rire, s'interroger, étudier et vivre leur judaïsme avec simha (joie), sans jugements ni contraintes rigides.
Aujourd’hui, je m’identifie bien plus à l’orthodoxie moderne, qui correspond parfaitement à ma vision du judaïsme. Je pratique une forme de religion réfléchie, alignée sur mes valeurs. Grâce à l'aide de leaders communautaires, je me suis engagée davantage dans ce monde. J'ai rejoint le conseil d’administration de la communauté Ayeka et co-créé avec les rabbins Ackermann le premier talmud torah orthodoxe moderne en France. Je continue ma chronique "Nashim" chez Radio J, mettant en valeur les portraits de femmes juives influentes. Je suis aussi devenue une membre active et responsable événementiel de Kol-Elles.
Je termine cette année mes études de journalisme avec une dernière expérience de six mois au Mémorial de la Shoah, où j'ai travaillé comme journaliste au service communication, afin d’éditorialiser les contenus digitaux pour en faire un média de transmission de l’histoire de la Shoah.
Je suis également ravie de participer au projet Kaleidoscope, depuis ses presque débuts, et c’est la raison pour laquelle je vous écris aujourd’hui. Je décris souvent Kaleidoscope comme en premier lieu un projet de documentation de la vie juive européenne. Mais c’est aussi et surtout un moyen de contribuer à l'histoire en constante évolution de la vie juive en Europe. J'ai eu la chance de rencontrer et de travailler avec Daniela Greiber, l’initiatrice du projet, qui m'a proposé de coordonner le projet en France, offrant à d'autres jeunes la chance de participer à cette belle mission.
Il y a deux mois, j'ai eu la chance de recevoir le prix Torat Chaïm, grâce à la recommandation des rabbins Ackermann. Ce prix, décerné aux jeunes leaders de la communauté juive dans le monde par la communauté Uri L’tzedek aux États-Unis, m'a donné un véritable coup de boost. Il m'a montré que ce que je fais au quotidien n'est pas ignoré, et que cela a un impact réel sur les autres. Cette reconnaissance m'encourage énormément pour la suite !
Aujourd'hui, je me définis comme une personne passionnée par la transmission et l'innovation. J'ai de nombreux projets en tête et j'aime les développer. Mon parcours est marqué par une quête incessante de sens, une volonté de concilier tradition et modernité, et un engagement profond dans la préservation et la transmission de notre riche héritage juif.
I was born into a practising Jewish family, steeped in an Ashkenazi heritage marked by the Shoah. My parents, who became religious together when I was three and my older brother was preparing for his bar mitzvah, initiated our family into a slow and profound spiritual transformation. My eldest brother, Eytan, who was searching for meaning at the time, catalysed this return to religious practice despite my father's initial opposition. My brother's persistence paved the way for all of us to follow, the famous path that perhaps marked the beginning of an ongoing evolution in our faith.
I am the only sister to my three brothers: Eytan, who is now the father of two adorable boys, Aharon and Joseph. Elon, and Itsik, the youngest. We grew up following our parents on their spiritual journey, approaching each stage with patience and pragmatism. For example, at the beginning of their religious journey, they still used the car to go to synagogue but without listening to the radio, to turn the journey into a simple utility and not a pleasure.
The Jewish education I received was always marked by constant evolution, without pressure, but with a profound respect for individual choices. My parents enrolled us in a Jewish school from a very early age, where academic standards were combined with religious learning. At secondary school age, I joined the Ner Hatorah school, which offered a rigorous religious and secular education. Although I found immense satisfaction in the intense study of the Torah and the sacred texts, I soon came up against a closed, communitarian social environment which, I now realise, was in stark contrast to the open-mindedness I had experienced at home.
This dissonance fuelled my feminist awareness. I rebelled against the traditional roles assigned to women, and I wanted to refuse to be confined to domestic tasks or reduced to an invisible support for the Jewish home that I was being led to build. My aspiration was to be active, to participate fully and visibly in community and intellectual life.
Then came the double life: I smoked cigarettes after school, hiding for fear of being caught and judged. Yet in my heart I remained froum (religious). I kept the Shabbat and lived in a Jewish world, but I felt something missing. I wanted to discover another world, to meet people who were different from my usual environment. More than anything, I dreamed of finding people who shared my love of the Jewish religion and the study of Torah, while at the same time aspiring to reconcile this way of life with a modernity that was mindful of contemporary issues.
For example, at the beginning of their religious journey, they still used the car to go to synagogue but without listening to the radio, to turn the journey into a simple utility and not a pleasure.
Ton histoire pourrait être la prochaine !